Baguenauder dans la France profonde, sentir les lieux, me fondre dans la nature et dans les villes, comparer mes souvenirs de lecture avec la réalité
samedi 8 août 2015
Carcassonne
J'arrive en fin de matinée, je pousse bravement le vélo jusqu'en haut, mais la foule, Japonais en tête, est déjà rédhibitoire. On ne peut plus avancer dans les rues. Je m'enfuis par une rue secondaire, bien décidée â y revenir ce soir.
D'abord, repérer le camping, m'installer, me rafraîchir, faire une sieste. La moitié du camping n'a pas d'arbres et on m'attribue un emplacement sans ombre. Je demande à être remboursée en pleurant mon camping idéal de la nuit dernière. Pour éviter le scandale, voilà qu'on me trouve miraculeusement une belle place tout ombragée à 32 euros. Eviter de voyager en août...
vendredi 7 août 2015
La vie sur le Canal
Le Somail, étape incontournable. Tout le monde, à vélo ou en voiture, s'y arrête. Tout est là : le village ancien, le vieux pont, les restaurants au bord de l'eau, la librairie aux 50 000 livres, la pénuche-épicerie. A la belle époque des voyages en péniche, c'était la troisième nuitée du voyage depuis Toulouse.
A Lézignan-Corbières (qui n'est pas sur le Canal), j'ai trouvé mon camping idéal. La meilleure place du camping - coup de chance - est pour moi. Une petite terrasse d'herbe fraîche avec arrosage intégré, délimitée par des murets en pierres sèches (bon pour s'asseoir et se couper les ongles), une table et un banc rien que pour mon petit déjeuner, un robinet pour le Ricoré, des voisins charmants qui branchent ma rallonge trop courte sur la leur, un personnel souriant et serviable, je ne sais plus où donner du bonheur. Tout est beau, mon petit déjeuner au soleil levant est un enchantement.
A Trèbes (Aude), on est au confluent de l'Aude et d'une autre rivière, en plus du Canal. Activité nautique intense. Des terrasses de cafés et restaurants donnent un bon prétexte aux badauds pour manger des huîtres en admirant les péniches. C'est familial et sans prétention. Le spectacle est permanent et gratuit.
En photo, mon camping idéal.
mercredi 5 août 2015
Canal du Midi
C'est plutôt un parcours de cyclo-cross. Creux, bosses, cailloux, racines grosses comme le bras de Popeye ou la cuisse de Serena Williams, qui ne vous laissent d'autre choix que de piler net ou de sauter dans le canal.
Je suis à Castelnaudary, entre Carcassonne et Toulouse, et je n'ai eu que 20 petits km de piste goudronnée ou roulante. Le reste s'arrache à la douleur des muscles, tandis qu'un paysage idyllique se déploie devant vos yeux rivés au sol.
Quelques mauvaises surprises en chemin : un gros fagots de branches coupées barrant l'étroit sentier, un charmant petit pont s'arrêtant à 50 cm du sol, qui m'oblige à décharger et détacher la remorque, une passerelle inaccessible à l'attelage (non photographiée pour cause de stress intense - finalement, un plaisancier m'a porté la remorque pendant que je manoeuvrais le vélo).
Finalement, j'ai échappé au pire - la chute - et atteint le Graal, la piste goudronnée qui mène à Toulouse.
lundi 3 août 2015
dimanche 2 août 2015
Sète - Marseillan-Plage
Direction Sète, où j'ai rendez-vous avec Paul Valéry et les tielles. D'abord une bonne tielle de chez Dassé (adresse de Josette). On y accède en montant fort, par la rue Rouget de Lisle, puis par la rue de la Liberté, et enfin la rue de la Révolution. Tout un programme. Munie de mon précieux chargement, je file me réfugier dans un jardin public habité par de curieux personnages en papier mâché plus vrais que nature.
Ah, la bonne tielle toute chaude ! Tout le monde me regarde avec envie, mais elle est rien qu'à moi (même si elle est pour 4). Après ça, je peux affronter la montée au cimetière marin. Il s'avère que j'ai déjà fait toute la montée, il ne reste plus qu'à contourner un peu la colline.
Et me voici au dernier domicile connu de Valéry à 14 heures pétantes, soit :
"Midi le juste y compose de feu
La mer, la mer toujours recommencée"
Ce fragment est devenu depuis des années notre cri de ralliement familial dès qu'on demande l'heure et qu'il est midi. Il fallait donc que je sache de quoi il retourne. Eh bien, en vérité, je vous le dis, Paul Valéry et son voisin Jean Vilar ont une vue magnifique, paisible, scintillante, imprenable. Seule, une mouette criaillante tenait le rôle de la colombe sur le toit tranquille.
Encore tout éblouie, j'ai voulu en savoir plus au musée Paul Valéry juste au-dessus. Et là, mon échelle des valeurs a été toute bouleversée. Les trois-quarts du musée étaient occupés par une expo sur la "figuration libre" (oui, bon, à part Robert Combas...). Restait une petite salle pour Paul où j'ai pu entendre le Cimetière marin en entier dit par Daniel Mesguich. C'est beau, cela vous berce comme une barque.
Je passe rapidement sur la grosse arnaque du camping en bord de mer. Sachez seulement qu'à Marseillan-Plage, au camping Beauregard, le record du Bois de Boulogne a été battu : 39 € pour un emplacement où l'électricité n'était même pas accessible ! J'en ai encore des aigreurs d'estomac...
samedi 1 août 2015
Montpellier
Pour adoucir ma peine, un comité de départ s'improvise à l'aube grise et humide, ainsi qu'un petit déjeuner chez les riches (ceux qui sont au sec dans un bungalow). Alain m'accompagne jusqu'à la sortie du village et c'est l'accolade des vieux briscards.
Le deal : je dois aller aussi loin que je peux et téléphoner à Chantal qui viendra nous chercher tous les 3, Yin, Yang et moi. Après ma villégiature de 2 nuits chez elle, elle nous ramènera au même endroit pour filer sur Sète. On ne triche pas !
Je passe le col du Vent et descends le plateau les moustiques collés aux dents, avec une joie carnassière et revancharde. Chantal me récupère à Villeveyrac. On se pousse et tout finit par entrer dans sa voiture.
Chantal aurait dû faire coach sportif. Tout est prévu pour optimiser mon court séjour : prise multiple, ventilateur, douche à l'arrivée, crème après-soleil pour mon visage enluminé, soirée-festin avec 3 amies, réparation de mon matelas, achat de camping gaz, mise au point de l'itinéraire et retour à Villeveyrac... ouf ! Quel défi et quelle délicieuse parenthèse ! La deuxième nuit surtout, un vrai luxe !
Montpellier ou le repos du guerrier...
jeudi 30 juillet 2015
Au festival
Au programme : une folle semaine de retrouvailles, de films de voyage et d'école buissonnière.
C'est Johny et sa famille (de St Barth') qui arrivent en premier. Ils ne peuvent pas rester pour le festival, c'est donc pour moi qu'ils viennent ! Eh oui, il faut que je m'habitue à la gloire ! Nous faisons en camping-car la tournée des églises et hauts lieux templiers, pour finir par le Saint-Tropez du Larzac : Nant (qui se prononce comme Nantes). Tout le monde danse sur la place, entraîné par un orchestre diabolique. C'est très chaleureux et intergénérationnel.
Chantal arrive à son tour, Alain, voyageur ibérique extrême, et Danièle, et tous les amis anciens et nouveaux, toujours avides de nouvelles aventures. L'inépuisable Hubert est toujours aux commandes, ravi de se faire chambrer par les jeunes bénévoles, lorsqu'il rameute les festivaliers avec un cône de chantier en guise de haut-parleur : "Arrête, Hubert, on va finir par être à l'heure !"
Entre deux films, on se retrouve au bar ou sur la place pour admirer les derniers délires de 2015. Un film fait le plein, la traversée du Ténéré par un aventurier muni d'un sac rempli de bidons d'eau pour 10 jours, qu'il fait glisser ou rouler sur le sable, par 55° (75° au sol). Le tout dure 40 jours, de puits en puits, et transforme ce Blanc en demi-dieu chez les Touaregs.
Un jour, un nouveau festivalier m'aborde :
- Vous êtes Chantal ?
- Oui.
- Chantal Huot de Saint-Albin ?
- Oui ?
- On s'est rencontrés en Serbie il y a 2 ans !
- Bon sang, mais c'est bien sûr !
Tout me revient. Nous avions parlé voyages en Europe dans un hôtel au petit déjeuner. Il revenait du Cap Nord, le vélo chargé comme une mule, barbu, chevelu avec des yeux de voyant. Le monde des voyageurs est petit.
C'est un arrachement de quitter le festival avant la fin, mais Chantal m'a fait miroiter la perspective d'un vrai lit à Montpellier, et avec mon matelas qui se dégonfle, je n'hésite pas longtemps...