vendredi 29 mai 2015

Sur la route de Bayeux - Le Mont Saint Michel

Première journée entièrement plate ET ensoleillée. A peine imaginable : je pédale une grande partie de la journée le long de la baie du Mont Saint Michel, toute au plaisir du paysage. Je vois la réplique du courant d'Huchet. Je vois aussi une vraie maison de Hobbit. Je passe dans les polders et vois des moutons de pré-salé. La route du bord de mer est tranquille, c'est la saison idéale.

Je découvre un peu plus tard que tous les touristes de toutes nationalités sont au Mont Saint-Michel, et précisément dans et autour de MON camping. Il faut dire que le Mont Saint-Michel est en train de devenir Las Vegas. Files de bus, hôtels, restaurants, bars, magasins de luxe, il ne manque qu'un casino. Les prix ont augmenté aussi vite que la température. Il est temps de fuir...

mercredi 27 mai 2015

Ode à Brécey

Ô Brécey, petite ville méconnue de Basse-Normandie, gràces te soient rendues pour t'être trouvée sur ma route en cette après-midi fourbue ! Tu ne te donnes pas à n'importe quel cycliste de voie verte. Il faut te  conquérir de haute lutte, gravir des collines à l'infini pour finir dans une descente à 18° aux freins hurlants.
Tu ne te vantes pas de ton camping 3 étoiles à 9 euros (Saint-Malo : 20, Saint-Michel : 15). Ni de sa gérante chaleureuse qui m'appelle par mon prénom, me propose une table, une chaise, une rallonge électrique... N'en jetez plus, je n'ai pas l'habitude d'une telle bonté !
Ah, Brécey, c'est alors qu'on te découvre vraiment, vibrillonnante d'activité autour de ta grande place carrée, fermement encadrée par une mairie et une église d'opérette, cafés et restaurants désuets et chaleureux. Tout converge vers le P'tit Nicolas, restaurant-pizzeria qui a installé une grande terrasse en surplomb sur la place pour qu'on sente ton coeur battre, Brécey.
Brécey, tu as organisé une soirée aux petits oignons rien que pour moi. Le soleil doux et chaud qui n'en finit pas de se coucher sur la place, les discussions avec les clients et le patron, le gratin au boeuf hâché maison, la petite manzanilla du patron. Brécey,  je te jure que je t'aimais déjà avant la manzanilla.
Mais, Brécey, quelle faute de goût impardonnable, alors que je me glissais dans tes bras pour une nuit réparatrice ! Pourquoi ces détonations toute la nuit dans la campagne ?

lundi 25 mai 2015

Saint-Malo

25 mai 2015

A l'origine, mon étape malouine était le point de départ d'une échappée à Guernesey, lieu où se situe l'action du roman "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". Ce livre m'enchante par son humour, sa tendresse et le récit détaillé de la souffrance des habitants pendant la seconde guerre mondiale. On ne sent jamais le poids de la recherche de documentation, elle fait partie du roman et de la quête du personnage principal.

Bref, je voulais voir les lieux "en vrai", et voilà que j'apprends aujourd'hui qu'il n'y a pas de bateau pour Guernesey avant début juin !

Mais entre-temps - voyez comme les choses s'arrangent harmonieusement - j'ai découvert que j'arrive pile le week-end du festival "Etonnants Voyageurs"qui draine un public considérable autour d'un nombre non moins considérable d'auteurs. J'affronte la foule ce matin et je tombe au hasard sur Jean-Marie Blas de Roblès qui parle de son dernier livre "L'île du point Nemo". Je suis tellement contente de voir en chair et en os l'auteur foisonnant d'érudition de "Là où les tigres sont chez eux" ! Puis Michel Serres et plusieurs autres. Les voyageurs du festival peuvent être "en chambre", qu'importe s' ils nous font voyager dans notre tête...

Petite visite de Saint-Malo par grand vent et grand soleil.

Ne demande pas et tu obtiendras

Il s'en passe d'étranges en voyage.
J'étais affalée dans l'herbe au bord d'une petite route ensoleillée, à croquer mon dernier carré de chocolat blanc, lorsqu'un jeune couple de joggers s'arrête pour me poser les questions habituelles. Ils font de la course à pied et du vélo en club (sans s'occuper de logistique !) et me proposent tout à trac de dormir chez eux quand je passerai à Châlon ! Les miracles se bousculent à ma porte...
A l'arrivée à Saint-Malo, j'entre au hasard dans un bar en ville pour ma petite bière-récompense. Je suis la première cliente du soir, le patron est dispo, on parle tour de France et vie en général. Le patron me dit : "Tenez, je vais vous faire un cadeau qui va bien avec votre délire". Et il me tend une boîte de sardines collector décorée par un ami peintre, sélectionné en 2013 pour orner 40 000 boîtes vendues sur internet. Toutes vendues, ce qui donne à ces sardines une valeur inestimable (DLC 2023). Jamais je n'oserai ouvrir cette boîte.
Le peintre est arrivé peu après, tenant sous le bras - tel le Saint-Sacrement - son portrait de Laura Smet, leur fascination ultime â tous les deux. La question s'impose : Laura Smet a-t-elle vraiment posé pour lui ? Hélas non, il a peint d'après photo. Devant une telle adoration, je n'ai pas osé ramener mes sardines et demander ce que représente la peinture. J'y vois 3 poilus éclatés. Et vous ?
La vie sur la route est formidable.

La merveilleuse boîte de sardines

Bientôt je vous conte cette belle histoire, le temps de régler un problème de batterie.

samedi 23 mai 2015

Corps-Nuds - Rennes - Combourg

Le pays devient de plus en plus plat, toujours bocager. Je profite davantage du paysage. Le temps s'est radouci et j'ai recommencé à camper. Tout s'est ranimé. Il y a des magasins ouverts, des gens dans les rues. 3 personnes m'ont abordée pour me poser des questions sur l'attelage ou le voyage, dont un photographe qui ne voulait plus me lâcher.

Me voici à Combourg. Je ne pouvais pas faire l'impasse sur le château où Chateaubriand a passé ses "années de délire" avec sa soeur Lucile. Chateaubriand n'a donc aucun rapport avec le Chateaubriant précédemment traversé, il faut que ces choses-là soient dites.  La guide, une petite femme propre sur elle, nous débite des pages entières des Mémoires d'Outre-Tombe selon les pièces où nous nous trouvons, et elle y met un humour délicieux qui me donne envie de relire les Mémoires... quand je serai rentrée.
Ce soir, c'est galette combourgeoise et bolée de cidre.
A votre santé !

vendredi 22 mai 2015

Chateaubriant - Corps-Nuds

On quitte Chateaubriant par la voie royale : une voie verte, puis 30 km de Voie de la Liberté, une nationale toute droite et presque sans véhicules. Elle est intitulée "1944", donc j'en déduis finement que c'était la route de la Libération...
Je fais un détour pour tenter une boulangerie dans un village. Pas de boulangerie, mais un café-restaurant tenu par un jeune couple militant avec bébé. Je me pose un instant dans cette ambiance détendue, avec musique locale. La bibliothèque est impressionnante. Liste non exhaustive des revues exposées : "L'âge de faire", "Le Monde libertaire", "Détachez vos ceintures", "Charivary", "Casseurs de pub", "Peuples solidaires". Le jeune papa, bébé en poche kangourou, sert au bar pendant que sa femme cuisine. Il me raconte qu'un de ses amis fait le tour de TOUTES les municipalités de France à vélo. Qu'un jour, son vélo trop lourdement chargé s'est cassé en cassant sa jambe. Mais il continue à rouler et à faire tamponner son papier dans toutes les mairies où il passe.
Dans l'après-midi, je passe dans un village dont le nom m'interpellait depuis un moment ; Corps-Nuds. Tout est propret, vivant, des maisonnettes en pierre où pourraient habiter des Hobbits, une église extraordinaire dans le style byzantin. Tout autour s'organise la vie : boulangerie, poste, café-tabac. Pas de doute, il faut faire une pause dans cette oasis de vie pour commencer à chercher un hébergement. L'employée du bar prend mon problème très à coeur et me propose une adresse. Une cliente participe à la conversation et finit par me proposer de venir dormir chez elle ! Je n'en crois pas mes oreilles : le rêve absolu du vagabond est en train de se réaliser ! Nous voilà parties bras dessus bras dessous vers son appartement très zen, comme elle, à nous faire mille confidences comme si nous étions destinées de toute éternité à nous rencontrer. Monique a même réussi à me faire regarder Julien Lepers. La vie est quand même étonnante.
Pour finir, elle me tire les cartes. L'oracle : "L'illimité", exactement ce que je recherche et ressens dans ce voyage initiatique...