jeudi 30 juillet 2015

Au festival

Au programme : une folle semaine de retrouvailles, de films de voyage et d'école buissonnière.

C'est Johny et sa famille (de St Barth') qui arrivent en premier. Ils ne peuvent pas rester pour le festival, c'est donc pour moi qu'ils viennent ! Eh oui, il faut que je m'habitue à la gloire ! Nous faisons en camping-car la tournée des églises et hauts lieux templiers, pour finir par le Saint-Tropez du Larzac : Nant (qui se prononce comme Nantes). Tout le monde danse sur la place, entraîné par un orchestre diabolique. C'est très chaleureux et intergénérationnel.

Chantal arrive à son tour, Alain, voyageur ibérique extrême, et Danièle, et tous les amis anciens et nouveaux, toujours avides de nouvelles aventures. L'inépuisable Hubert est toujours aux commandes, ravi de se faire chambrer par les jeunes bénévoles, lorsqu'il rameute les festivaliers avec un cône de chantier en guise de haut-parleur : "Arrête, Hubert, on va finir par être à l'heure !"

Entre deux films, on se retrouve au bar ou sur la place pour admirer les derniers délires de 2015. Un film fait le plein, la traversée du Ténéré par un aventurier muni d'un sac rempli de bidons d'eau pour 10 jours, qu'il fait glisser ou rouler sur le sable, par 55° (75° au sol). Le tout dure 40 jours, de puits en puits, et transforme ce Blanc en demi-dieu chez les Touaregs.

Un jour, un nouveau festivalier m'aborde :
- Vous êtes Chantal ?
- Oui.
- Chantal Huot de Saint-Albin ?
- Oui ?
- On s'est rencontrés en Serbie il y a 2 ans !
- Bon sang, mais c'est bien sûr !

Tout me revient. Nous avions parlé voyages en Europe dans un hôtel au petit déjeuner. Il revenait du Cap Nord, le vélo chargé comme une mule, barbu, chevelu avec des yeux de voyant. Le monde des voyageurs est petit.

C'est un arrachement de quitter le festival avant la fin, mais Chantal m'a fait miroiter la perspective d'un vrai lit à Montpellier, et avec mon matelas qui se dégonfle, je n'hésite pas longtemps...

samedi 25 juillet 2015

A l'assaut du Larzac

Ca commence de manière fort sympathique : 2 km de montée cyclable, à l'ombre et au frais matinal. Mon moral est au beau fixe. La pente s'accentue, il faut pousser le vélo. On change de versant, maintenant je suis au soleil. Je grimpe en lacets pendant 5 km avec pour seule compagnie un magnifique papillon à rayures noires, qui semble m'avoir adoptée. Il me frôle, me montre le chemin, fait mille allers et retours majestueux. Je me plais à penser que c'est toujours le même. Il fait de plus en plus chaud.

Ce n'est qu'en haut que je comprends mon illusion :  ils sont des centaines, des milliers à voleter de fleur sèche en fleur sèche, tous noirs et blancs, mais avec des dessins différents. C'est magnifique et réconfortant. Allez, encore un petit effort et je serai au bout de mes peines ! Il est presque 11h, il fait déjà très chaud et il me reste 22 km pour Le Caylar.

A midi, le Larzac Café, aimablement indiqué par le José Bové du coin, me tend les bras pour une bonne salade bien fraîche. Il est tôt, tout le monde est aux petits soins pour moi et me rajoute à qui mieux mieux des petits échantillons de la carte sur la table. Pendant ce temps, le patron, son filet jaune à la main, capture les papillons pour les mettre en sûreté dehors. La scène est digne de Bagdad Café.

Dehors, c'est un four. La sieste s'impose sous un arbre. Trop chaud pour dormir, il faut juste attendre. A 4h, je me propulse péniblement sur la route pour les 13 derniers km. Horreur,  il y a encore 8 km de montée au soleil ! Un vrai Golgotha. A mi-chemin, une voiture fait demi-tour pour proposer son aide. Seule, j'aurais bien accepté un bout de conduite, mais avec l'attelage ? A-t-il de l'eau ? Oui, une fin de bouteille d'eau chaude que je prends à tout hasard.

J'arrive en miettes au Caylar, portée par la certitude planante que désormais, mon retour se fera en descente ou en plat !

mercredi 22 juillet 2015

Au milieu de nulle part

Je me croyais bien avisée d'avoir planté la tente au bord de cette piscine si tranquille. Damnation ! C'est à la nuit qu'elle s'anime ! Un couple de campeurs vient se baigner à l'heure où je m'écroule, non sans avoir jeté un coup d'oeil insistant dans la tente pendant que je me déshabille. Puis, vers 23h, encore des clapotis... La vie transhumante est pleine de surprises.



Au petit matin blême, le soleil levant sur le camping a vite fait de me remettre dans le droit chemin (sinueux, en fait), celui du Larzac.













Munie du Saint-Sacrement - les instructions écrites de Chantal - je pars à l'assaut du morceau le plus dur de mon voyage. Il commence traîtreusement par une montée douce à l'ombre, au bord de la Vis. Baigneurs dans les mini-lacs et cascades. Ah bon, si ce n'est que ça !



Un palier. C'est l'embranchement vers Montdardier, mon étape du jour, par la voie Nord (je n'ai pas dit "la face" !). Quoi ? La route est fermée ? Un autochtone m'informe que le détour prend 45mn en voiture : autant abandonner l'idée. Je resterai donc sur la route sud, mais sans hébergement selon mes infos. Eh bien, soyons fou, je ferai du camping sauvage. Je fais la faraude, mais je n'en mène pas large. A gauche, une muraille impressionnante. A droite, des propriétés privées descendent en pente raide vers la rivière. Végétation sèche et épineuse partout. Tout à coup, j'avise une petite église munie de son cimetière à côté d'une terrasse herbue. L'endroit semble idéal et désert, presque invisible de la route.

Je me vois déjà prendre une douche au robinet sous l'oeil éberlué des morts. Il n'est pas question de monter la tente avant la tombée du jour. J'ai tout l'après-midi pour évaluer la situation et affronter la solitude et la fournaise. Mais d'abord se mettre â l'aise, c'est-à-dire en maillot et sous l'eau du robinet. Je me déshabille sur le banc du cimetière et file me bassiner les cheveux et tout le corps. Soudain, grincement de porte. Un ado chargé de sacs poubelle traverse le cimetière en évitant tellement de regarder dans ma direction que je suis sûre qu'il m'a vue et entendue. Depuis quand ? La maison que j'avais à peine remarquée au-dessus du cimetière était habitée ! Bon, si personne ne vient me déloger d'ici ce soir, c'est qu'il n'aura rien dit, mais serait-ce bon signe ? Tous les signaux sont au rouge. En fin d'après-midi, c'est au tour d'un homme de type asiatique, gras comme un sumo, habillé d'une serviette autour des reins, de venir vider ses bouteilles dans les containers. Un petit salut indistinct et il disparaît par le cimetière.

 Que faire ? Je manque à toute prudence si je reste ici, mais il fait tellement chaud et j'ai si peu de chances de retrouver un endroit aussi "campable" ! Je décide de rester et j'envoie des SMS à Chantal et Joëlle en leur cachant ces derniers détails. Les loups-garous annoncés par Joëlle se matérialisent sous la forme d'un élevage de chiens (ouh ououououhhhh). En réponse, j'invoque les mânes de Brunault (Brunôôôôôôô...). Quant à la prudence et au calme recommandés par Chantal : je n'ai même plus mon sifflet, qui d'ailleurs ne me servirait à rien en ces contrées désertes. Je garde à portée de main une sardine même pas pointue et ingurgite un comprimé de magnésium pour la zénitude. Eh bien ça a marché ! J'ai rarement aussi bien dormi avec tous ces fantômes et sans électricité ! Le seul inconvénient du magnésium, c'est qu'il me coupe les jambes le lendemain. Et aujourd'hui, c'est la grande montée au Larzac. Bah, on verra bien...


lundi 20 juillet 2015

Sauve

Aujourd'hui, j'ai rendez-vous à Sauve, sur la route de Ganges, avec mon amie Chantal, qui habite Montpellier. Elle m'a dégotté un camping à la ferme dans les environs, et aussi préparé des itinéraires pour la suite avec plusieurs propositions d'hébergement. Une logisticienne hors pair ! Moi qui en avais rêvé !

Nous nous promenons dans Sauve, jolie petite ville du Sud restée dans son jus, sans touristes (ça repose d'Uzès) et où, m'apprend Chantal, vivent et se produisent de nombreux artistes. La petite place centrale est charmante et digne d'une histoire de Pagnol.

Nous épluchons les itinéraires autour d'une bonne boisson fraîche et, l'heure tournant, je suis prise de défaillance : soif, faim, fatigue, sommeil, le tout fait mauvais ménage et me fait tituber. Nous finissons par trouver un pizzaiolo ouvert et filons nous graisser les doigts au terrain de pétanque, où officient... de jeunes Beurs.

Nous montons au camping en voiture et vélo, mais avec la remorque vide, ce qui fait toute la différence, montons la tente et nous séparons jusqu'à... vendredi au Caylar.

Arpaillargues (près d'Uzès)

Ce matin, en passant au marché d'Uzès, j'ai fait une emplette décisive qui me change la vie : un maillot de bain. Au diable le poids, il faut survivre !
Ca tombe bien, le camping a une piscine ! Il est tout aussi rempli de Hollandais que celui de Châteauneuf, mais changement d'ambiance : les propriétaires sont Hollandais et c'est le règne du droit divin. La patronne, une Cruella blonde au sourire de pierre, m'annonce que le tarif "Senior" qui m'avait charmée à l'entrée, ne s'applique pas en haute saison et que ce sera donc... 25€ ! Gloups ! Je me contenterai donc d'une salade, ce soir. Mais au moment de payer, elle surgit d'on ne sait où pour baisser de 4€ le prix exorbitant de la salade parce qu'elle avait fait une erreur dans le prix de la nuitée. Pas de sourire, pas d'excuse. Le geste ne me fait même pas plaisir tellement il a l'air fait à contre-coeur...
Au petit matin, je passe devant une peinture murale bien dans le ton du camping.

vendredi 17 juillet 2015

Camping sur la via Rhôna

Saint-Desirat (Ardèche)

Camping un peu basique, plutôt familial et un peu beauf'. Un baby-foot ? Des amateurs ? Oui, 3 hommes me rejoignent. Où sont les balles ? Ah oui, c'est 50 cts la partie. Je paye les 2 premières parties, acharnées. 1-1. C'est l'instant de la partie décisive, la belle. Mais où sont-ils passés ? Tout le monde s'est évaporé. A cause des 50 cts ? La classe !

Châteauneuf-sur-Isère (Drôme)

C'est un camping de grande chaîne, un vrai village pour Hollandais. 3 piscines, des animations pour les enfants (en hollandais), une télévision pour le tour de France (pas le mien), des sanitaires nettoyés au microbe près plusieurs fois par jour. A 19h, musique à fond, 2 jeunes Hollandaises arrivent en traînant une sono et toute une bande de blondinets interchangeables pour une chorégraphie devant le bar. Des enfants très agréables à vivre, d'ailleurs, car les deux parents s'en occupent également (vive le congé parental obligatoire du père !). Pas de caprices, pas de hurlements, ils semblent parfaitement satisfaits.
Résignée à être la seule Française dans ce camping, je pars demander un marteau en anglais à mes voisins, qui sont tout ce qu'il y a de plus français et m'invitent derechef à partager un cidre avec eux. Chantal, je t'avais bien dit que ce n'était pas la peine de prendre un marteau !

Cruas (Ardèche)

J'ai bien cru pouvoir m'arrêter 10 km avant, au Domaine du Roux, une autre grande chaîne. La jeune réceptioniste m'annonce tranquillement un prix de 30 € pour la nuit . Devant mon air estomaqué, elle me conseille d'aller à Cruas, où la nuit est à 9€. Mais chut, elle ne m'a rien dit...
A Cruas, le camping est simple, avec une piscine et surtout un propriétaire adorable, genre "Les copains d'abord". Il m'offre la bière de bienvenue, éperdu d'admiration pour mon exploit, n'est pas du tout pressé de se faire payer, il veut d'abord que je me repose. Il a des places ombragées qui sont un vrai paradis, avec de l'herbe, une denrée qui tend à disparaître. En fin d'après-midi, je retourne au bar pour pianoter et dîner - le menu complet pour fêter ma bonne fortune (tout est fait maison et délicieux).

Tous les habitués se regroupent autour d'une grande table et l'un deux va chercher sa guitare. Coup de chance, c'est un très bon, capable d'interpréter tout ce qu'on veut et surtout d'accompagner les pires chanteurs. Ca tombe bien, le proprio nous chante une chanson de sa composition à la gloire des Ardéchois qui me fait mourir de rire car il improvise à qui mieux mieux. Plus il chante faux, plus le guitariste, sourire épanoui, soigne son accompagnement, cherche des effets pour mettre en valeur son chanteur. Puis tout le monde s'y met, c'est la chaude ambiance. Je pourrais rester toute la nuit si le devoir ne m'appelait. Ah, comme je me sens bien ici !

Sur la via Rhôna

Pour aller au festival du Caylar, dans le Larzac, j'ai choisi la voie facile, mais beaucoup plus longue, qui longe le Rhône, rive droite ou rive gauche, de manière discontinue. Je jongle entre les panneaux "Via Rhôna" et mon navigateur, qui ne sont pas toujours d'accord et qui me laissent parfois en perdition en pleine ville, comme à Valence.

J'ai retrouvé le Rhône, tendance Danube, dont la vue me fait pousser les nageoires. On passe souvent dans des centrales électriques de la Compagnie Nationale du Rhône. Un jour, comme je pédalais distraitement au milieu de ces bâtiments sinistres, j'entends dans un haut-parleur une voix sépulcrale qui me souhaite en 3 langues "un bon voyage sur la via Rhôna". Brrrr...

Il y a aussi les petites surprises du chemin. Un escalier abrupt à franchir à la force des biceps. Un pont-passerelle rien que pour les vélos.

A condition de partir vers 7h (lever à 5h), on a devant soi 4 à 5h de pédalage avant la vraie fournaise. A midi, ma journée de cycliste est finie et je m'écroule sur mon matelas pour une bonne sieste, bercée par les cigales et les cris au loin des baigneurs dans les piscines. Je n'ai pas pris de maillot, peut-être devrais-je en acheter un, pour faire venir la pluie ?

Les vraies aventures, comme vous l'imaginez, sont dans les campings. Ambiance garantie !