mercredi 19 août 2015

Allez, on fait durer encore un peu !

Décidément, ce n'est pas possible de rentrer tout de suite dans la vraie vie.

Le lendemain de mon retour, je décide d'aller assister à une course de voitures à pédales pour adultes à Roquefort (Landes). En fait, il s'agit de vélos couchés à 4 roues bricolés par les concurrents et habillés de carrosseries hautement fantaisistes. L'ambiance est colorée, familiale, les concurrents se lancent des blagues à la volée et personne ne se prend au sérieux.

Il y a d'abord un défilé pour le concours de la voiture la mieux décorée (je n'ai pas su le résultat). Puis un tour de piste chronométré pour déterminer la voiture la plus rapide. Dans cette joyeuse désorganisation, le public est sur la piste et gêne considérablement les coureurs. Mais personne ne s'énerve et tout le monde joue le jeu.

Et enfin le clou : 30 mn de tours de piste non-stop, sauf pour relayer les pédaleurs. Il y a de la casse mécanique, des abandons, des accrochages, mais la plupart des voitures restent en piste.

Je me prends à rêver : c'est mon jour de meilleure forme possible et qu'est-ce que 30 mn de pédalage intensif après 3 mois 1/2 sur les routes avec un attelage ?

La prochaine fois, je m'organiserai mieux !

mardi 18 août 2015

De Mont-de-Marsan à Léon

Jours de grisaille et de fortes pluies.

Les hôtels sont pleins, je me rabats sur le camping de Morcenx avec un mince espoir de passer entre les gouttes. L'accueil est charmant, les campeurs sont triés sur le volet, selon leur savoir-vivre en groupe supposé. Il faut dire qu'avec la féria de Dax, tous les alentours sont pris d'assaut et les nuits sont chaudes.

Aujourd'hui, c'est soirée moules/frites/musique/danse. Je demande timidement s'il y a quelques frites pour moi. Mais oui, me répond le propriétaire, si les 48 inscrits vous donnent chacun une moule et une frite, vous aurez de quoi dîner ! (humour). Les enfants sont tout excités, les petites filles se sont habillées, l'une d'une robe de mousseline verte avec une petite traîne. Ils se mettent à danser sur le trampoline au son de la musique en tenant la traîne de la robe verte. C'est poétique et charmant au soleil couchant. Le temps que je cherche un angle de prise de vue sans me faire voir, une grosse averse disperse tout ce petit monde. Dommage !

La nuit est dantesque. Des trombes d'eau finissent par pénétrer dans la tente par le minuscule trou qui laisse passer le fil électrique de mon appareil. Dans mon sac de couchage mouillé, j'envoie un message désespéré à Martine, ma distributrice de journaux préférée. Elle va trouver une solution pour la nuit prochaine.

Moliets-et Maâ

Une journée entière sous la pluie avec le vent de face, c'est dur ! Mais j'arrive en terrain connu et je sais que je suis attendue au sec chez le frère de Martine et sa femme Rose. Ce soir, tandis que tout le monde part à la fête de Moliets, je me réchauffe dans la douche et m'écroule sur le canapé. Martine revient peu après avec une pizza au fromage, délicieux prélude à une nuit sans rêve.
Le lendemain, en attendant la fin d'une nouvelle averse, nous n'en finissons pas, Francis et moi, de comparer nos expériences et nos matériels cyclistes. Sa nouvelle selle, de forme féminine, pourrait judicieusement être échangée contre la mienne, plutôt masculine. Mais attendons de les tester...

Léon

Aujourd'hui, 15 août, c'est la fin officielle de mon voyage. Tout est tranquille dans la rue des Marguerites, trop tranquille. Personne ne m'attend derrière le portail. Le chat, Maya, est mort de vieillesse en juin. Plus personne pour me suivre partout avec commentaires à l'appui. Je le savais, mais c'est différent de le vivre. Mes soeurs et mon beau-frère, qui l'ont assisté dans ses derniers jours à coups de sardines et de thon, lui ont fait une belle croix en bambou et une épitaphe touchante :

 "A notre Maya
Qu'il repose en paix
2000 - 2015
Nous ne t'oublierons pas,
Tes fidèles amis"

Le même jour, à la radio, j'apprends qu'en physique quantique, un chat (c'est juste un exemple, mais c'est celui qui a été choisi) peut être à la fois mort et vivant. Voilà qui est réconfortant !



C'est la fin du Tour de France de mes envies mais il y aura quelques autres articles et bilans avant de nous séparer. D'ici là, un grand merci à vous tous qui m'avez suivie et encouragée au long de ce chemin pas toujours semé de pétales de roses. J'ai des millions d'images, de sensations et d'amitiés dans la tête et dans le coeur. J'ai le sentiment d'exister plus fort, je me sens plus riche et plus vivante. Vivement le prochain !






mercredi 12 août 2015

De Toulouse à Mont-de-Marsan

Dans Toulouse, il y a un endroit délicat à négocier, c'est la jonction entre le Canal du Midi et le Canal latéral à la Garonne. Les pistes cyclables s'entrecroisent autour du bassin qui sert à faire le triage des bateaux et on s'y perd un peu. Un jeune ange gardien Toulousain me met sur la voie du salut avant de disparaître rejoindre sa femme.

En avant sur le Canal latéral ! Ca commence par un village de SDF entassé sous un pont, puis des usines désaffectées ou tout comme. Toute la misère a-t-elle été reléguée ici ? Même le canal est triste sous le ciel gris. Il est plus récent, plus fonctionnel, et n'a pas le même charme patiné que son ancêtre. D'ailleurs, il n'est presque pas fréquenté par les péniches. On s'ennuie un peu. Heureusement qu'il y a les crevaisons et la pluie pour mettre un peu d'animation !

Après le fol épisode sous le pont, je fais étape à Castelsarrazin dans un hôtel qui a eu son heure de gloire, mais qui est aujourd'hui bien décati. La propriétaire n'a pas perdu le sens des affaires et ses prix sont plus le reflet du charme que du confort. Enfin, il y a une vieille baignoire et un Paris-Match de 2013 qui me réchauffent le corps et la tête ! Sans compter la télé dont je me gave comme une camée...

Autre ambiance le lendemain à Agen. A nouveau trempée comme une soupe, j'atterris dans un Formule 1 au prix imbattable mais aux prestations minimales.
Au matin, comme j'arrime mon paquetage dans la remorque sous les yeux des clients fascinés, un jeune garçon et un vieil homme arrivent pour que je tranche leur débat : y a-t-il une assistance électrique ou pas sur ce vélo ? L'enfant dit que oui, dans le moyeu
(NDLR : c'est le dérailleur). Le grand-père dit que non, parce qu'il voit 2 gourdes. J'aime le raccourci : 2 gourdes = 1 moteur ! Je les mets au parfum de ma technologie très avancée et ils repartent ravis.

Une étape obligée à Samatan car il y a très peu de campings sur mon trajet et les chambres d'hôtes sont toujours pleines. Samatan est une très jolie petite bastide, avec un camping à côté d'un lac.
Pour la première fois depuis mon départ, il y a foule de cyclistes et l'ambiance que j'aime : tous les âges, tous les styles de tentes, de vélos et de remorques. L'ambiance esr décontractée.
Carl, la trentaine joviale, voyage avec une remorque qu'il a fabriquée lui-même et qui transporte tout l'indispensable : 2 bouteilles d'apéritif, 1 pack de cannettes de Schweppes, une rallonge et son enrouleur, 2 paires de chaussures pour une semaine, l'alimentation pour une semaine... et je ne sais pas tout. Il suscite une curiosité amusée dans ce petit monde du voyage ultra-léger. Nous sympathisons, il m'invite à l'apéritif : cognac et Schweppes aux agrumes suivi d'un pineau (j'espère que je ne me trompe pas). Au petit matin, je l'invite à un petit déjeuner nettement moins fun, ma fidèle bouillie de flocons d'avoine aux fruits secs et à la cannelle. Nous voilà amis.

A Mont-de-Marsan, pas d'autre solution que l'hôtel, un Première Classe (c'est-à-dire premier prix, mais tout neuf, tout propre, une affaire). Alors que j'arrive épuisée par les côtes de l'Armagnac - qui me rappellent celles du Périgord - et la chaleur, le réceptioniste attire aimablement mon attention sur une devinette placée sur le comptoir. Ceux qui trouvent la solution se voient offrir le petit déjeuner. Bingo ! J'ai gagné un p'tit déj' !

Et voilà donc le blog totalement à jour, grâce au confort de l'hôtel : oreillers, lampes de chevet qui éclairent, prises électriques, lit king size, douche non bouchée, barreaux pour faire sécher le linge, table, chaise - n'en jetez plus ! Je vais bien dormir. AAAAAaaaaaahhhhhh !

lundi 10 août 2015

Castelnaudary - Ayguesvives

Je m'étais promis de manger un bon cassoulet bien roboratif à Castelnaudary. Mais le camping est trop loin de la ville et il a une solution de rechange très tentante : un camion "Woker". Un jeune entreprenant prépare sous vos yeux de délicieux mélanges de légumes parfaitement assaisonnés et dorés au wok. Quoi de mieux pour oublier un peu l'éternelle pizza ? En plus, il m'a aimablemenr coupé et débité en tranches mon melon. Enfin un repas diététique !

Ayguesvives, aux portes de Toulouse, est ma prochaine étape-plaisir. Nicole et Bernard sont des amis de Sarah qui ont une magnifique propriété de famille, idéale pour se ressourcer. Ce qui ajoute à mon bonheur, c'est que mon chemin est enfin devenu une vraie piste cyclable, que je pourrai suivre jusqu'à Agen !

En attendant, je suis reçue comme une reine : douche, lessive, dîner aux chandelles dans le jardin, piscine... Je pourrais facilement m'abandonner aux délices de Capoue. Je me laisse faire pour une deuxième nuit XXL et nous continuons la vie de château comme de vieux complices.

La petite pluie du lendemain me rappelle à mes devoirs et à ma motivation. Allez, aucune excuse, la route est plate et les platanes font un parapluie idéal !

Encore une histoire

Une rencontre décalée comme je les adore.
A Carcassonne, j'ai repéré une grande pharmacie qui a sùrement une balance. 4 jeunes sont stationnés devant. Ils viennent justement de se peser et discutent de leurs poids respectifs, sachant que la pharmacienne leur a dit d'enlever 2 kg au poids indiqué.
Les 2 garçons sont petits et râblés. Au dos de leur tee-shirt, on lit : "Championnat de France de tonte de mouton". J'ai terriblement envie de les prendre en photo, alors je leur pose des questions. Ils sont contents de leur performance : 100 (moutons) à l'heure pendant 7 heures ! Mais les meilleurs sont les Néo-Zélandais, dont je ne saurai rien de plus, car les filles s'impatientent. Ils me laissent les prendre en photo de dos. Je les trouve touchants de simplicité et de fierté.
Quoi ? Ah, vous voulez savoir mon poids ? Eh bien, j'ai déjà perdu 7 kg ! Moi aussi je peux être fière...

samedi 8 août 2015

Histoires de voyage

Brunault me dit que je ne raconte plus d'anecdotes piquantes, alors en voici deux.

Au camping de Capestang, un orage se déclenche à l'heure du coucher. Branle-bas de combat : il y a du laissez-aller, on n'a plus l'habitude de la pluie. On met tout à l'abri, y compris les enfants, on arrime les tentes, on colmate les fuites et on s'endort au doux bruit des gouttes.

Au petit matin, je suis la première réveillée, je passe devant un campement familial et remarque une petite tente d'enfant recouverte d'une grande bâche plastique. Je me dis que le ou les enfants là-dessous doivent être complètement asphyxiés. Le temps passe, le père est réveillé et tourne en rond en attendant le réveil de ses enfants. Il enlève la grande bâche et, horreur, il y en a une deuxième dessous ! Là, je panique vraiment, mais le père pas du tout, il sourit déjà à l'idée du récit de la nuit de ses enfants. Il enlève la deuxième bâche, toujours le grand silence. Le camping est complètement réveillé et toujours pas d'enfants en vue. Je suis partagée entre l'envie de fuir et celle de savoir. Des scénarios d'ambulances hurlantes et de parents éplorés défilent à toute vitesse dans ma tête.

Finalement, à l'heure de partir, je vois le père en grande conversation avec le ou les enfants dans la tente. Pffffffffff...

Et maintenant, voici la merveilleuse histoire de celle qui avait une veine scandaleuse.

Ce matin, première grosse pluie depuis 3 mois. Je sors mon équipement de pluie de la naphtaline et pars en sifflotant. Tout se passe bien jusqu'au moment où je remarque un chuintement à l'arrière. Non ! Yin a crevé et je n'ai pas de chambre à air de rechange + il pleut à verse et je suis sur une piste cyclable au milieu de nulle part ! Je descends de vélo er avise un pont pas très loin où je peux me mettre à l'abri pour réfléchir. Peu d'espoir de me faire aider. En 3 mois, sur les centaines de km faits à pied, seuls 2 cyclistes et 1 automobiliste m'ont demandé si tout allait bien.

Je m'apprête donc à perdre la journée pour régler le problème.
Mais je n'ai pas le temps d'arriver au pont que 2 cyclistes me croisent et me demandent si j'ai un problème. Oui ! Hop ! Ni une ni deux, ils m'accompagnent au pont, démontent la roue, collent une de mes rustines et s'attellent au gonflage avec ma petite pompe de faible capacité.

Au moment où le découragement saisit le gonfleur, surgit une famille
avec 4 enfants, dont le père nous demande si une pompe à pied ferait notre affaire. Je crois à une plaisanterie. Quel cycliste normal se chargerait d'un tel engin ? Mais si, justement, nous explique-t-il, à 6, les chances de crever sont bien plus nombreuses, et comme ils ne font pas de camping, ils ne sont pas trop chargés. L'affaire est enlevée en 3 coups de cuiller à pot et nous finissons dans de joyeuses embrassades et échanges d'adresses. C'est la fête sous le pont de Castelsarrazin !

Histoires de voyage

Brunault me dit que je ne raconte plus d'anecdotes piquantes, alors en voici deux.
Au camping de Capestang, un orage se déclenche à l'heure du coucher. Branle-bas de combat : il y a du laissez-aller, on n'a plus l'habitude de la pluie. On met tout à l'abri, y compris les enfants, on arrime les tentes, on colmate les fuites et on s'endort au doux bruit des gouttes.
Au petit matin, je suis la première réveillée, je passe devant un campement familial et remarque une petite tente d'enfant recouverte d'une grande bâche plastique. Je me dis que le ou les enfants là-dessous doivent être complètement asphyxiés. Le temps passe, le père est réveillé et tourne en rond en attendant le réveil de ses enfants. Il enlève la grande bâche et, horreur, il y en a une deuxième dessous ! Là, je panique vraiment, mais le père pas du tout, il sourit déjà à l'idée du récit de la nuit de ses enfants. Il enlève la deuxième bâche, toujours le grand silence. Le camping est complètement réveillé et toujours pas d'enfants en vue. Je suis partagée entre l'envie de fuir et celle de savoir. Des scénarios d'ambulances hurlantes et de parents éplorés défilent à toute vitesse dans ma tête.
Finalement, à l'heure de partir, je vois le père en grande conversation avec le ou les enfants dans la tente. Pffffffffff...
Et maintenant, voici la merveilleuse histoire de celle qui avait une veine scandaleuse.
Ce matin, première grosse pluie depuis 3 mois. Je sors mon équipement de pluie de la naphtaline et pars en sifflotant. Tout se passe bien jusqu'au moment où je remarque un chuintement à l'arrière. Non ! Yin a crevé et je n'ai pas de chambre à air de rechange + il pleut à verse et je suis sur une piste cyclable au milieu de nulle part ! Je descends de vélo er avise un pont pas très loin où je peux me mettre à l'abri pour réfléchir. Peu d'espoir de me faire aider. En 3 mois, sur les centaines de km faits à pied, seuls 2 cyclistes et 1 automobiliste m'ont demandé si tout allait bien.
Je m'apprête donc à perdre la journée pour régler le problème.
Mais je n'ai pas le temps d'arriver au pont que 2 cyclistes me croisent et me demandent si j'ai un problème. Oui ! Hop ! Ni une ni deux, ils m'accompagnent au pont, démontent la roue, collent une de mes rustines et s'attellent au gonflage avec ma petite pompe de faible capacité.
Au moment où le découragement saisit le gonfleur, surgit une famille avec 4 enfants, dont le père nous demande si une pompe à pied ferait notre affaire. Je crois à une plaisanterie. Quel cycliste normal se chargerait d'un tel engin ? Mais si, justement, nous explique-t-il, à 6, les chances de crever sont bien plus nombreuses, et comme ils ne font pas de camping, ils ne sont pas trop chargés. L'affaire est enlevée en 3 coups de cuiller à pot et nous finissons dans de joyeuses embrassades et échanges d'adresses. C'est la fête sous le pont de Castelsarrazin !