Jours de grisaille et de fortes pluies.
Les hôtels sont pleins, je me rabats sur le camping de Morcenx avec un mince espoir de passer entre les gouttes. L'accueil est charmant, les campeurs sont triés sur le volet, selon leur savoir-vivre en groupe supposé. Il faut dire qu'avec la féria de Dax, tous les alentours sont pris d'assaut et les nuits sont chaudes.
Aujourd'hui, c'est soirée moules/frites/musique/danse. Je demande timidement s'il y a quelques frites pour moi. Mais oui, me répond le propriétaire, si les 48 inscrits vous donnent chacun une moule et une frite, vous aurez de quoi dîner ! (humour). Les enfants sont tout excités, les petites filles se sont habillées, l'une d'une robe de mousseline verte avec une petite traîne. Ils se mettent à danser sur le trampoline au son de la musique en tenant la traîne de la robe verte. C'est poétique et charmant au soleil couchant. Le temps que je cherche un angle de prise de vue sans me faire voir, une grosse averse disperse tout ce petit monde. Dommage !
La nuit est dantesque. Des trombes d'eau finissent par pénétrer dans la tente par le minuscule trou qui laisse passer le fil électrique de mon appareil. Dans mon sac de couchage mouillé, j'envoie un message désespéré à Martine, ma distributrice de journaux préférée. Elle va trouver une solution pour la nuit prochaine.
Moliets-et Maâ
Une journée entière sous la pluie avec le vent de face, c'est dur ! Mais j'arrive en terrain connu et je sais que je suis attendue au sec chez le frère de Martine et sa femme Rose. Ce soir, tandis que tout le monde part à la fête de Moliets, je me réchauffe dans la douche et m'écroule sur le canapé. Martine revient peu après avec une pizza au fromage, délicieux prélude à une nuit sans rêve.
Le lendemain, en attendant la fin d'une nouvelle averse, nous n'en finissons pas, Francis et moi, de comparer nos expériences et nos matériels cyclistes. Sa nouvelle selle, de forme féminine, pourrait judicieusement être échangée contre la mienne, plutôt masculine. Mais attendons de les tester...
Léon
Aujourd'hui, 15 août, c'est la fin officielle de mon voyage. Tout est tranquille dans la rue des Marguerites, trop tranquille. Personne ne m'attend derrière le portail. Le chat, Maya, est mort de vieillesse en juin. Plus personne pour me suivre partout avec commentaires à l'appui. Je le savais, mais c'est différent de le vivre. Mes soeurs et mon beau-frère, qui l'ont assisté dans ses derniers jours à coups de sardines et de thon, lui ont fait une belle croix en bambou et une épitaphe touchante :
"A notre Maya
Qu'il repose en paix
2000 - 2015
Nous ne t'oublierons pas,
Tes fidèles amis"
Le même jour, à la radio, j'apprends qu'en physique quantique, un chat (c'est juste un exemple, mais c'est celui qui a été choisi) peut être à la fois mort et vivant. Voilà qui est réconfortant !
C'est la fin du Tour de France de mes envies mais il y aura quelques autres articles et bilans avant de nous séparer. D'ici là, un grand merci à vous tous qui m'avez suivie et encouragée au long de ce chemin pas toujours semé de pétales de roses. J'ai des millions d'images, de sensations et d'amitiés dans la tête et dans le coeur. J'ai le sentiment d'exister plus fort, je me sens plus riche et plus vivante. Vivement le prochain !